25.03.2010

Retour en France

Alhem vient me réveiller, et m’annonce, qu’hier soir, Khaled a pu joindre Abdelkader (hôte de Samir à Sabah). Il a bien passé une journée là bas, et depuis, il est reparti à Tripoli. Cette bonne nouvelle les a soulagés, et moi également, car maintenant nous pouvons le localiser. Alhem doit aller travailler, sa sœur et son beau frère ne sont pas là.

De mon coté, je ne m’attarde pas, prends un bus pour Tunis, puis un taxi, pour l’aéroport de Carthage, où j’arrive à 13 heures. Une impression étrange m’habite. Toute cette histoire, qui n’était pas la mienne, au début, m’amène à regagner la France. Pourquoi ai-je accepter ? Ne suis-je pas devenu le complice de quelqu’un, qui a commis un délit dans son pays, où je me trouve en ce moment ? La police qui le recherche actuellement, ne serait-elle pas en droit de me demander des comptes, de m’arrêter ? Chaque agent en uniforme, que je croise dans ce hall d’aéroport, est potentiellement un danger, un ennemi ! Cette paranoïa, est-elle si surprenante ? Je viens de passer trois semaines en Libye, où tout le monde se méfie de son voisin, de l’étranger, de l’autre. Je n’échappe pas à cela. Vivre sous un régime autoritaire provoque, je n’en doute plus, des dégâts considérables sur l’esprit de l’être humain, sur leur estime de soi.

14 heures, nous décollons, je n’ai pas eu de problème aux différents contrôles (identité, bagages). Je ne suis donc pas recherché !! Ces 2 heures 30 de vol, c’est un peu comme un sas, qui me permet de revenir à la réalité. Il n’y a aucune raison, mais vraiment aucune, que je sois inquiété. Je suis un simple voyageur. C’est moi qui me mets dans cet état de culpabilité.

16 heures 30, Paris Orly, j’appelle ma dernière conquête féminine, Malika. Elle n’est pas chez elle. Qu’à cela ne tienne ! Un couple d’ami, Nadia et Vincent habitent pas loin d’ici. J’y vais en bus. Ils me reçoivent, agréablement surpris, de cette visite inopinée. Ils ne m’attendaient pas avant plusieurs mois !! Evidemment, ils n’échappent pas au récit de mon aventure. Ils ne sont pas vraiment surpris, de voir où je me suis embarqué ! Cela me fait du bien d’être pris pour ce que je suis vraiment. Un simple individu qui veut aider un de ces copains…

A 20 heures 30, j’ai Malika au téléphone, je fonce chez elle. C’est un bonheur de la retrouver, toujours aussi belle, sa voix si envoutante, mon Amour de femme. Elle aussi est surprise, heureuse. Mais je dois lui avouer, tout de suite que ce sont les circonstances qui me ramènent ici, mon passage sera rapide, le temps de me procurer le visa. Il y a de la déception sur son beau visage. Ce n’est pas que pour elle que je suis revenu ! Mais rapidement, le bonheur des retrouvailles prend le dessus. Vivons donc ce précieux moment avec intensité ! La nuit est là, l’amour nous emporte.

24.03.2010

Mauvaise surprise !Mauvaise surprise ! Pour retourner en Libye, il est nécessaire d’avoir un visa. Pour cela, il me faut aller à Tunis. Khaled ne peut m’y conduire car il se rend à la base aérienne, non loin de Bizerte. Peu importe, je me débrouille, les

Pour retourner en Libye, il est nécessaire d’avoir un visa. Pour cela, il me faut aller à Tunis. Khaled ne peut m’y conduire car il se rend à la base aérienne, non loin de Bizerte. Peu importe, je me débrouille, les bus pour la capitale ne manquent pas.

Les quelques jours passés à Tunis, fin novembre, m’ont permis de me familiariser avec les différents quartiers de la ville, aussi, je ne suis nullement déboussolé. Je me déplace seulement à pied, le parcours est…tortueux. Toutes les personnes auxquelles je m’adresse, ne connaissent pas forcément l’adresse de l’ambassade de Libye. C’est ainsi que je me retrouve au Centre Culturel de ce même pays. Là, par contre, je suis bien orienté. Mais, à l’ambassade, on me signifie que c’est au consulat, que je dois adresser ma demande.

Enfin, me voici arrivé. Mais c’est une grosse déception qui m’attend ! Je ne peux obtenir de visa, sans invitation, ou sans être résident en Tunisie. La tuile ! Que faire ? Tout laisser tomber, abandonner Samir et sa famille, après avoir suscité tant d’espoirs ? Je ne peux m’y résoudre. Il ne me reste donc qu’une seule solution. Aller à Paris chercher ce précieux sésame.

Je me renseigne auprès de la compagnie nationale, et deux où trois agences de voyages pour un aller retour, Tunis Paris. Mon budget va être sacrément entamé. Mais l’amitié n’a pas de prix, je suis engagé, je ferais le maximum. Sois en certain, Samir !

Mon billet en poche, je n’ai qu’une hâte, retourner à Bizerte. J’informe de ma décision mes trois hôtes. Je vois bien qu’ils sont gênés. J’essaie de les mettre un peu plus à l’aise, en leur disant, que ce n’est pas une demande de leur part, mais ma propre décision.

Cela étant réglé, nous dinons tous ensemble. Je ne m’attarde pas car je suis épuisé, j’ai des maux de tête, très tôt je vais me coucher.

10.03.2010

BIZERTE

Dès mon réveil, je pars en direction de la gare de bus, Bab Saadoun. Au passage, j'avale rapidement un croissant. Le départ n'est pas pour tout de suite, aussi, je suis obligé de patienter. De toute manière, je n'ai nullement l'intention de batifoler dans le quartier. Je suis en mission, dans un but bien précis, c'est ainsi que peu à peu, à mon insu, je prends ce rôle très au sérieux.

Enfin, nous partons. Voyage sans histoire, dans cette partie du pays, que je ne connais pas. Peu avant midi, arrivée à Bizerte. Il fait beau, la ville parait agréable, paisible. A l'aide des indications en ma possession, je me dirige vers mon but, et trouve sans problème la maison familiale, que Samir a du quitter précipitamment. Je suis accueilli, par sa sœur ainée, Hédia, tellement heureuse de me voir, et d'avoir des nouvelles de son frère. Les parents ne sont pas là. Ils sont partis, à La Mecque, pour le pèlerinage. C’est Samir qui leur a payé le voyage… Aucun de leurs enfants n’a souhaité les tenir au courant du drame. Peu après, son mari Khaled, et sa sœur Alhem nous rejoignent. Les présentations faites, et les remerciements renouvelés, je fais le récit de ma rencontre avec Samir, de nos trois semaines passés ensemble à découvrir Tripoli, des connaissances que nous avons pu faire. Je leur confirme ce que nous avons décidé, pour la suite. Je leur confirme que je repartirai au plus vite, une fois, qu’ils m’auront remis les diplômes, les effets personnels, et l’argent. Mais tout cela, ils le savaient, par les quelques mails qu’ils échangeaient, avec Samir. Aussi, tout a été préparé délicatement. La lourde valise est dans la chambre, les diplômes sont dans des enveloppes rigides, et le paquet de billets, je le porterai, sur moi. Dès demain, je me procurerais un nouveau visa pour la Libye.

A leur tour, ils me racontent ce qu’ils vivent au quotidien. Beaucoup de gens leur tournent le dos, des anciens « amis » ont un comportement déplorable, à leur égard. Ils surmontent cette épreuve, avec beaucoup de courage. Par exemple, c’est Alhem, qui a succédé à son frère, pour la gérance du Centre Internet, mais les clients sont beaucoup moins nombreux, et les projets de développement, de partenariat, sont mis en veilleuse. Encore faut-il se réjouir, que les Autorités n’aient pas pris de sanctions. Mais, ils sont conscients d’être sous surveillance. Ce qui explique, qu’il s ne cherchent pas à rentrer en contact avec Samir, coute que coute. C’est plutôt l’inverse qui se produit, mais le plus discrètement possible. Moi-même, je le sais de puis deux jours, seulement.

Je sens bien que les deux sœurs sont déprimées, et frustrées de ne pas parler davantage avec leur frère. Heureusement Khaled, le seul homme de la maison, en l’absence du père, les rassure beaucoup. Il est pilote d’avion, dans l’armée Tunisienne. Très calme, protecteur, sa présence est indispensable.

Dans la soirée, il doit déposer Alhem, au centre Internet, celui-ci étant ouvert, tard le soir. Je les accompagne. Voici donc l’établissement, avec sa douzaine d’ordinateurs, qui devaient, si ce n’est faire la fortune de Samir, tout au moins lui assurer une vie professionnelle et sociale confortable. Mais aujourd’hui, c’est le malheur qui s’est abattu sur cette famille.

Khaled me propose de découvrir Bizerte. C’est un prétexte pour tenter de contacter Samir, qui doit être, à Sabath, chez Abdelkader. Malheureusement, nous n’y parviendrons pas. Cependant, il me confit tout ce que coute cette histoire. Auparavant cette famille était respectée. Des parents pieux, trois enfants diplômés, élevés dans la droiture et le respect des autres et des valeurs traditionnelles, tout en étant tournée vers l’avenir. Ils représentaient ce que la société Tunisienne pouvait produire de meilleur. Et une erreur, une seule, et tout cela s’est écroulé ! Maintenant seul l’envie de sortir de l’enfer les anime.

Nous retournons chercher Alhem, qui ne peu s’empêcher d’envoyer un mail à son cher frère. Elle et lui sont très proches. Ils sont encore célibataires tous les deux, contrairement à leur grande sœur qui est mariée et ….maman.

Avant d’aller nous coucher, nous buvons un thé, et parlons encore longuement. Je sens que c’est un moment de réconfort, et l’espoir revient.